Un logiciel de soutien phonétique automatisé

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Un logiciel de soutien phonétique automatisé

Patrick Tremblay, ing., a conçu un logiciel de soutien phonétique automatisé

Patrick Tremblay, ing., M.Sc.A., a conçu un logiciel de soutien phonétique automatisé.

GAGNANT 2015 THÈME INNOVATION

Patrick Tremblay est ingénieur logiciel chez CAE depuis 2006. Il a notamment travaillé à la mise à jour des logiciels embarqués du CF-18, l’avion de chasse canadien, au design des commandes de vol (flight controls) des simulateurs d’avions d’affaires, et il y œuvre actuellement en planification de projets. Entrepreneur aux multiples passions, c’est son intérêt pour l’éducation et son désir d’inventer des solutions pour venir en aide aux autres qui l’ont mené à la conception d’un logiciel de soutien phonétique automatisé.

Voici la petite histoire du logiciel de soutien phonétique automatisé, le projet présenté dans le cadre du concours Inventer le monde de demain.


Q – Pourquoi concevoir un logiciel de soutien phonétique automatisé?

R – Le fait de ne pas savoir lire est un handicap majeur qui limite l’autonomie, l’engagement et la participation sociale. Le taux d’analphabétisme au Canada est malheureusement très élevé. En 2013, le journal La Presse rapportait d’ailleurs que « 1,2 million de Québécois ont une maîtrise si faible de la lecture, qu’ils ne peuvent pas fonctionner normalement ». Face à ce constat, j’ai voulu concevoir une solution automatisée pour aider les personnes souffrant d’incapacités intellectuelles légères, de troubles d’apprentissage et les allophones à apprendre le français. J’ai conçu un logiciel de soutien phonétique automatisé dans le cadre de ma maîtrise en génie, à l’ÉTS, en partenariat avec des chercheurs du Groupe Défi Accessibilité (GDA) du Département de psychopédagogie et d’andragogie de l’Université de Montréal… tout en travaillant à temps plein en planification de projet chez CAE!

Q – Unique en son genre, le logiciel de soutien phonétique automatisé que vous avez conçu s’intègre à Word, comme une extension. Comment fonctionne-t-il?
R –  En bref, mon logiciel permet de faire l’analyse phonétique d’un texte en quelques secondes, afin de le simplifier phonétiquement. D’une part, le logiciel estompe les syllabes muettes (exemple : le « h » du mot « hibou », le « e » du mot « arbre », etc.).  D’autre part, on ajoute au texte des archigraphèmes (des sons) au-dessus des graphèmes complexes (par exemple,  « eau », « ault » ou « au » qui se prononcent « o »).  À cet égard, il existe des centaines de façons d’assembler des lettres (des graphèmes) pour entendre le mot « auto ».  Avez-vous déjà imaginé combien d’assemblages de lettres existent pour écrire un mot qui sonne comme « auto » ? (La réponse est ici, à voir en plein écran). LES AMISEt finalement, le logiciel ajoute les liaisons phonétiques entre les mots que nous prononçons à l’oral, comme « les amis ».

En somme, n’importe quelle déclinaison de mots ou de verbes peut se prononcer avec une base de 35 sons! Globalement, le logiciel permet au lecteur d’accélérer l’apprentissage de la lecture grâce à la simplification de l’interprétation phonétique. Sans l’aide du logiciel, adapter un texte avec le soutien phonétique manuellement dans Word prend 15 minutes par page. Avec le logiciel, on passe de 15 minutes de traitement à quelques secondes seulement! Ce qui est intéressant par ailleurs, c’est que le logiciel est dégressif, c’est-à-dire qu’on peut diminuer le soutien phonétique en fonction du progrès du lecteur.

Voici une démo au ralenti de l’action du logiciel (à visionner de préférence avec le navigateur Chrome).

Q- Comment croyez-vous que le logiciel de soutien phonétique que vous avez conçu contribue à inventer le monde de demain?
R –  Il y a un potentiel énorme! D’abord, chaque année au Canada, un très grand nombre d’allophones vont rencontrer des difficultés d’apprentissage du français, ceci pouvant affecter leur autonomie et leur intégration en société. À ce sujet, en janvier 2015, la ministre de l’Immigration rapportait dans La Presse que : « à leur arrivée au Québec, près de la moitié (43 %) des immigrants ne connaissent pas un mot de français ». En simplifiant les facteurs de complexité de la lecture du français, on facilite leur apprentissage. C’est un réel soulagement pour ces personnes qui peuvent enfin lire de façon autonome!

D’autre part, le logiciel pourrait permettre de soutenir l’apprentissage des personnes ayant des incapacités intellectuelles, et même de les intégrer en classe régulière. Cette vidéo illustre d’ailleurs la remise du diplôme à un élève du secondaire intégré en classes régulières avec du matériel adapté. Ultimement, le logiciel serait disponible dans les écoles et deviendrait un outil grâce auquel les professeurs pourraient suivre l’évolution des élèves.

Ambassadrice du fonds Émilie Bordeleau, Fannie Brissette a été l'inspiration de Patrick Tremblay, ing., M.Sc.A.

Ambassadrice du fonds Émilie Bordeleau, Fannie Brissette a été l’inspiration de Patrick Tremblay.

Q – Quelles sont les prochaines étapes?
R –  Déployer le logiciel dans les laboratoires du Groupe Défi Accessibilité (GDA), dirigé par M. Jacques Langevin, où il sera mis à l’essai et optimisé. Ensuite, ce sera la diffusion dans les commissions scolaires, et la mise à l’essai dans le cadre d’exercices en classe.

Q – Que feriez-vous avec une bourse de 5000 $ offerte par La Personnelle?
R –
  Je ferais un don au Fonds Émilie Bordeleau, qui vise à venir en aide aux élèves qui ont des incapacités intellectuelles ou de grandes difficultés d’apprentissage en finançant des projets de recherches en éducation, effectuées par le GDA. D’autre part, une portion de la bourse serait investie pour optimiser la performance du logiciel et pour le déployer à plus large échelle. Et bien sûr, il serait intéressant de voir comment on peut l’appliquer à d’autres langues.

Q – Quel message auriez-vous à transmettre pour inspirer vos pairs du monde du génie?
R – En dehors de nos responsabilités professionnelles et des besoins de l’industrie, nous avons la possibilité de nous impliquer dans différentes sphères de la société pour le bien commun. Que ce soit à titre de bénévole pour des OBNL ou d’inventeur, concepteur de solutions pouvant améliorer le monde, allons-y sans hésiter, soyons inspirés!

Q – Si vous aviez des moyens illimités pour améliorer le monde de demain, que feriez-vous?
R –  J’aimerais d’une part que chaque être humain puisse avoir accès à des ressources pour combler leurs besoins de base, et d’autre part, rendre l’éducation accessible gratuitement pour tous à travers le monde. Tout citoyen devrait pouvoir acquérir les connaissances de base pour développer un sens critique et pour s’impliquer socialement. Je souhaiterais augmenter la qualité de vie de tous les peuples du monde par l’accès au savoir et à l’éducation!

Q – Pourquoi avoir choisi de poursuivre une carrière en génie?
R –  Pour gagner les connaissances qui me permettraient d’entreprendre, d’innover, d’inventer, de créer de la valeur.  En tant qu’ingénieur, j’ai des connaissances que je peux utiliser pour venir en aide aux autres. J’ai le pouvoir de créer des solutions qui auront un impact social, et c’est ce qui m’a motivé dans la conception de ce projet. Je veux que mes connaissances d’ingénieur puissent servir à la communauté, améliorer le quotidien des gens, leur autonomie et leur liberté.

Découvrez tous les gagnants du concours Inventer le monde de demain

29 Comments
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  • Denys Roy
    9 novembre 2015 at 19 h 48 min

    Mes plus sincères félicitations pour cette innovation.

  • Marc Dusseault
    10 novembre 2015 at 6 h 17 min

    Bravo!

  • 10 novembre 2015 at 10 h 59 min

    Merci Denys! Merci Marc!

    J’ai franchement eu beaucoup de plaisir à concevoir ce logiciel, et j’ai déjà pris contact avec une directrice d’école, et quelques orthophonistes, qui aimeraient l’évaluer avec des élèves! 🙂 Vive l’innovation! 🙂

    Bonne journée, 🙂

    Patrick

  • François Dubé
    10 novembre 2015 at 12 h 49 min

    Bravo Patrick, superbe réalisation! Mettre la technologie au service des personnes en difficulté est à mon sens la plus honorable des innovations. Tu devrais en être très fier. Bon succès pour les prochaines étapes.

    • 10 novembre 2015 at 13 h 43 min

      Merci François! Je suis effectivement fier de ma réalisation! 🙂 Je suis convaincu que nous allons dans la bonne direction, avec l’apprentissage de la lecture guidée par le soutien phonétique! 🙂 En favorisant l’apprentissage de la lecture, on favorise aussi l’augmentation du nombre de diplômés, et le nombre d’emplois de qualité pour ces personnes. Une société en santé, bref! 🙂

      Permettez-vous de souligner le travail de recherche qui a prouvé l’efficacité du soutien phonétique dans l’apprentissage de la lecture. Mme Judith Beaulieu a complété sa thèse de doctorat en ce sens: « Productivité de manuels scolaires adaptés pour élèves ayant deux années de retard en lecture »:

      Réf.: https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/9209/Beaulieu_Judith_2013_these.pdf?sequence=4

  • Jocelyne Langevin
    10 novembre 2015 at 13 h 24 min

    Je vote pour le logiciel de soutien phonétique automatisé de M. Patrick Tremblay

  • 10 novembre 2015 at 13 h 53 min

    Dernières nouvelles! 🙂 Voici une nouvelle démo du logiciel qui parle! 🙂

    https://www.youtube.com/watch?v=QAQo_cwXe5w

  • Jocelyne Vachon
    10 novembre 2015 at 14 h 33 min

    Excellent projet ! Je vote Logiciel de soutien phonétique automatisé , Patrick Tremblay. Il est important de soutenir les projets qui viennent en aide au gens qui ont des difficultés d’apprentissage.

  • Pierre Lacombe
    10 novembre 2015 at 17 h 12 min

    Bravo pour ce projet

  • Guru Subbanna
    12 novembre 2015 at 7 h 59 min

    Patrick, Bravo et felicitations. It is wonderful to see that you are contributing to the community using your knowledge and skills through innovation. Excellent excellent work and I wish you many more such successes in the future.

    • 12 novembre 2015 at 13 h 56 min

      Thank you, Guru! 🙂 Ton message est fort encourageant! 🙂 Je demeure convaincu que nous avons la responsabilité d’investir dans l’éducation, et en nos jeunes! Ils sont notre société de demain, non ? 🙂

  • Nadia Di Lauro
    12 novembre 2015 at 10 h 25 min

    Congratulations Patrick on such inspiratiional work! Wishing you much success in the future with this wonderful project.

  • Gabriel L'Allier
    12 novembre 2015 at 10 h 45 min

    Chapeau pour cette superbe réalisation et pour ton soucis d’améliorer la qualité de vie de plusieurs!

    • 12 novembre 2015 at 14 h 00 min

      Salut Gab! 🙂 J’apprécie ton mot d’encouragement! 🙂 Je demeure en effet convaincu qu’ensemble, nous avons le pouvoir d’améliorer la qualité de vie de notre société! 🙂

  • Sara Labonté
    14 novembre 2015 at 9 h 42 min

    En tant qu’enseignante en francisation, tante d’un enfant dyslexique et étudiante en développement du langage, je trouve votre logiciel super intéressant, car il peut effectivement s’appliquer à de nombreuses clientèles (elles ne sont pas évidentes les fameuses correspondances graphèmes-phonèmes en français!). Bravo pour cette innovation et bon succès pour la suite! Je suis déjà allée voter pour votre projet!

  • Jocelin
    15 novembre 2015 at 22 h 06 min

    Excellente cause Patrick, Bonne chance. Je vote pour toi.

  • Chantal Bousquet
    17 novembre 2015 at 3 h 46 min

    Je suis interprète en langue des signes québécoise et enseignante en français. Étant à la recherche de littérature au sujet des mesures d’adaptation pour les étudiants sourds et malentendants, c’est tout à fait par hasard que je tombe sur la lecture de votre projet d’innovation. Une innovation on ne peut plus originale et réjouissante! Je suis convaincue qu’elle pourrait améliorer l’accès à l’information de bon nombre de personnes sourdes dont la langue maternelle n’est pas le français. En effet, pour les Sourds (le S majuscule est reconnu comme identifiant la communauté des personnes sourdes s’exprimant en langue des signes), s’exprimant en LSQ, langue des signes québécoise, l’accès à la phonétique du français est très difficile. De plus, la syntaxe de la LSQ fonctionnant sur des paramètres complètement différents des langues orales, c’est toute la syntaxe du français qui devient également un défi pour l’apprentissage de la lecture. En conséquence, le taux d’analphabétisation est très élevé chez la population sourde. Votre logiciel innovateur pourrait certainement être expérimenté pour eux, comme pour nombre d’allophones pour qui la phonétique du français ne fait en rien référence aux sons de leur langue maternelle. Comme vous le dites si justement dans votre entrevue, en favorisant l’accès à la phonétique de la langue écrite, c’est tout l’accès à l’information qui est favorisé et cet accès, est absolument fondamental pour pouvoir intégrer le marché du travail, et à devenir des citoyens à part entière de la société. Vraiment, toutes mes félicitations, M. Tremblay. La meilleure des chances à vous pour le concours, et pour la promotion de votre innovation!

    • 17 novembre 2015 at 9 h 21 min

      Madame Bousquet,

      Votre vibrant témoignage évoque tant de nouvelles avenues de recherches appliquées! 🙂 À ce titre, j’ai quelques personnes ressources à vous référer, notamment des chercheurs en ingénierie et en éducation. Je vous invite donc à communiquer avec moi:

      patrick@patricktremblay.ca

      Cordialement,

      -Patrick

  • Eric Rousseau
    18 novembre 2015 at 17 h 12 min

    Félicitations Patrick pour ton implication et ton désir d’améliorer la qualité de vie des personnes en difficulté d’apprentissage. Je suis parent d’un enfant ayant des difficultés d’apprentissage et avec le contexte actuel de coupure dans les services personalisés (orthopédagogue etc), ces innovations arrivent au bon moment. De plus cela peux faciliter la tâche au Syriens pour apprendre le français plus rapidement. Sais-tu si des recherches sont aussi faîtes en mathématique pour les gens souffrant de dyscalculie? Bonne chance et surtout ne lâche pas cette initiative.

    • 19 novembre 2015 at 13 h 54 min

      Bonjour Eric,

      Je te remercie sincèrement pour ton vote, je l’apprécie beaucoup! 🙂 En effet, le besoin qui se présente est évoqué avec l’arrivée des Syriens que nous accueillons, en raison des tristes évènements survenus.

      Et il est aussi vrai que notre système d’éducation doit composer avec de notables défis budgétaires.

      En ce sens, je suis désolé d’apprendre que ton enfant présente des difficultés d’apprentissage. Concernant la dyscalculie, je n’ai pas les compétences pour répondre à ta question. Je peux toutefois te référer à des chercheurs et à des spécialistes qui ont l’expertise pour en discuter avec toi. Je t’invite à m’écrire : patrick@patricktremblay.ca

      Bonne journée Éric!

      Patrick

  • 21 novembre 2015 at 7 h 17 min

    La version anglophone de l’article qui présente mes travaux est située ici:

    sPhone: a Phonetic Support Software to Facilitate French Learning
    http://substance-en.etsmtl.ca/sphone-phonetic-support-software-facilitate-french-learning/

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